Maral SIMSAR

Le nouvel an a débuté en Suisse par le terrible incendie de Crans-Montana, qui a fait une quarantaine de morts et plus d’une centaine de blessés, pour la plupart graves. En ces premiers jours de 2026, nos pensées et notre sympathie vont aux familles des victimes et à leurs proches.

Les fêtes de fin d’année sont des moments privilégiés de partage et de convivialité avec la famille et les êtres chers. Elles sont également une période propice à la réflexion sur le bilan de l’année écoulée et les perspectives de l’année à venir, tant au niveau individuel qu’au niveau collectif.

L’Arménie commence l’année 2026 avec d’importantes incertitudes malgré l’optimisme prudent affiché par des observateurs internationaux suite à la signature à Washington, le 8 août 2025, de la déclaration conjointe de paix entre le président de l’Azerbaïdjan et le Premier ministre de l’Arménie sous les auspices du président Donald Trump. Les premières cargaisons de marchandises entrées en Arménie en novembre et en octobre 2025 par voie ferroviaire via l’Azerbaïdjan et la Géorgie (du blé kazakh, des céréales russes, et des produits pétroliers azerbaïdjanais) ont été saluées par le gouvernement arménien comme une «importante mesure de confiance qui soutient le processus de paix». Notons qu’en octobre, Ilham Aliev avait levé les restrictions sur le transit de marchandises vers l’Arménie en vigueur depuis les années 1990.

Ces premières importations via l’Azerbaïdjan depuis l’indépendance ne sauraient toutefois pas masquer les désaccords substantiels qui persistent notamment sur la modification de la Constitution arménienne exigée par l’Azerbaïdjan. Ajoutons à cela, le sort incertain des prisonniers arméniens détenus illégalement à Bakou en violation flagrante du droit international. Par ailleurs, l’engagement de l’Azerbaïdjan dans le cadre de l’accord du 8 août 2025, de respecter l’intégrité territoriale de l’Arménie, tranche avec les déclarations répétées d’Aliev sur le «retour» des Azerbaïdjanais en «Azerbaïdjan occidental» – la région méridionale de l’Arménie – tandis que son armée occupe toujours environ 150 km2 de territoire arménien

Sur le plan intérieur, l’intégration des réfugiés déplacés de force d’Artsakh reste un défi majeur pour le gouvernement arménien. Un grand nombre de ces déplacés vivent encore dans des conditions précaires et accusent parfois le gouvernement de les avoir abandonnés d’autant plus que le respect de leurs droits ne figure pas à l’ordre du jour des négociations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.  

A l’aube de 2026, la société arménienne reste profondément polarisée et en proie de campagnes de désinformation, orchestrées par des acteurs internes et externes. La confrontation honteuse entre le Premier ministre et son entourage d’une part, et le Catholicos Garegin II et ses alliés parmi le clergé d’autre part, ne fait qu’attiser les tensions politiques. La mise en détention de plusieurs ecclésiastiques de haut rang soulève des questions quant au fonctionnement du système judiciaire du pays mais également sur le rôle et la mission de l’Église apostolique arménienne. La campagne électorale des législatives prévues pour le 7 juin 2026 étant activement engagée depuis plusieurs mois, rien ne laisse malheureusement présager une évolution imminente dans la bonne direction.

Le discours de paix prôné par le Premier ministre et son gouvernement en matière de politique étrangère devrait trouver son reflet dans la gestion des affaires intérieures. Les autorités arméniennes déploient des efforts colossaux visant à normaliser les relations avec l’Azerbaïdjan et la Turquie, en s’abstenant même de répondre aux déclarations menaçantes et agressives des responsables azerbaïdjanais. Aussi est-il naturel de s’attendre à ce qu’elles œuvrent sérieusement dans la voie de rapprochement et de réconciliation entre les différentes composantes de la société arménienne.