COMMÉMORATION DU 24 AVRIL 2013: UN TOURNANT?

Distribution d’œillets rouges à Tunceli (Dersim)

par Maral SIMSAR

Une nouvelle ère a-t-elle commencé pour les descendants des victimes du génocide des Arméniens? La revendication de réparation des préjudices subis par le peuple arménien prendra-t-elle enfin le dessus sur la lutte pour la reconnaissance poursuivie assidûment durant des décennies?

C’est en tout cas ce que laisse penser l’appel conjoint lancé ce 24 avril par les deux catholicos Garegin II et Aram Ier au gouvernement turc concernant la restitution de l’ensemble des biens confisqués à l’Eglise Arménienne, de 1915 à nos jours.

Dans leur communiqué, le Catholicos de tous les Arméniens d’Etchmiadzine et le Catholicos de la Grande Maison de Cilicie demandent à l’Etat turc, en tant que successeur légitime de l’Empire ottoman, de : reconnaître le génocide des Arméniens ; réparer l’ensemble des préjudices subis par la nation arménienne dont les droits humains ont été bafoués ; restituer immédiatement les églises, les monastères, les biens et propriétés ecclésiastiques, les trésors spirituels et culturels, à leur propriétaire légitime, le peuple arménien.

D’autre part, les commémorations qui avaient commencé à Istanbul en 2010 sur l’initiative de l’Organisation des droits de l’homme (IHD) et d’autres associations, ont réuni cette année davantage de participants y compris une association arménienne dénommée «Nor Zartonk». Pour la première fois, des associations d’Arméniens de la diaspora et des ONG européennes de lutte contre les discriminations se sont associées à ces commémorations. Le programme comprenait une visite de la tombe de Faik Ali Bey (Zincirliköyü), le gouverneur de Kütahya qui avait refusé d’exécuter l’ordre de déportation de la population arménienne; une manifestation sur la Place Sultanahmet, en face du Musée des Arts Islamiques Turcs, qui avait servi en 1915 de prison dans laquelle les intellectuels arméniens avaient été détenus ; et une visite au cimetière arménien de Şişli de la tombe de Sevag Şahin Balıkçı, le militaire arménien abattu pendant son service militaire dans l’armée turque à Diyarbakir le 24 avril 2011.

Autre nouveauté, la commémoration d’Istanbul s’est exportée cette année dans le reste du pays. En effet, malgré le silence des grands médias turcs, des manifestations ont également eu lieu pour la première fois à Mersin, Adana, Izmir, Malatya et Diyarbakir.

Mais la commémoration la plus marquante de cette année fut celle organisée pour la première fois sur la place principale de Tunceli par une poignée d’Arméniens islamisés de la région de Dersim, qui ont exprimé leur souffrance par quelques mots et un chant de prière en arménien. Après des décennies de silence et de clandestinité, ces convertis commencent, avec un remarquable courage, à revendiquer leur identité toujours bafouée et niée.

Les voix arméniennes qui s’élèvent désormais en Turquie seraient-elles suffisamment soutenues ces prochaines années par les organisations de la société civile turque et kurde de manière à faire avancer la lutte pour justice et réparation menée par les descendants des victimes du génocide des Arméniens ?

2017-11-16T22:27:39+01:00 16.05.13|ÉDITORIAL|

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