LE GENOCIDE SE POURSUIT!

(© news.am)

par Maral SIMSAR

Nous avons commémoré le 109e anniversaire du génocide dans un contexte particulièrement préoccu-pant, caractérisé par des sentiments d’amertume et d’impuissance. D’une part, les Arméniens restent très divisés par rapport à la politique du gouvernement d’Arménie notamment  dans ses négociations en position de faiblesse avec l’Azerbaïdjan, et d’autre part, le nettoyage ethnique parfait réalisé par ce dernier en Artsakh en septembre 2023 démontre que notre peuple n’est pas à l’abri d’un nouveau génocide.

La situation dans laquelle nous nous trouvons plus d’un siècle après le génocide de 1915 est insoutenable et suscite des questionnements légitimes. Pourquoi en sommes-nous arrivés là? Nous ne pouvons certes avoir que peu d’impact sur les grands bouleversements géopolitiques régionaux mais il faut se rendre à l’évidence que la reconnaissance du génocide par un grand nombre de parlements, résultat d’une lutte acharnée pendant un demi siècle, n’a pas pu empêcher cette nouvelle catastrophe. Il faut admettre également, que dans le cadre de cette lutte, en concentrant toutes nos ressources sur la demande de « reconnaissance », nous n’avons pas assez communiqué sur l’actualité de la politique génocidaire menée par l’Azerbaïdjan contre les Arméniens d’Artsakh depuis le début du conflit en 1988 et sur le fait que le génocide de 1915 est un processus continu.

Après avoir poussé les Artsakhiotes à l’exode forcé et annexé leurs terres ancestrales,  l’Azerbaïdjan, qui occupe déjà environ 200 km2 du territoire de la République d’Arménie, exige davantage de concessions territoriales de l’État arménien en brandissant la menace d’une nouvelle guerre. Ces revendications, assorties d’une campagne particulièrement agressive sur le retour des Azerbaïdjanais en soi-disant « Azerbaïdjan occidental », à savoir le territoire de la République d’Arménie, visent naturellement à anéantir l’État arménien et à forcer sa population à quitter le pays.

Les projets diaboliques de nos adversaires – l’Azerbaïdjan étant soutenu entre autres par la Turquie – devraient secouer notre torpeur pour entamer un débat honnête au sujet de nos priorités et les nouvelles stratégies à adopter. Pour cela, il nous faut tout d’abord avoir le courage et la volonté d’admettre nos erreurs du passé. A l’heure actuelle, toutes nos ressources doivent être dirigées vers le renforcement de l’État arménien, dernier bout du riche patrimoine qui nous a été légué par nos ancêtres. C’est notre devoir envers les victimes du génocide de 1915 et de toutes les guerres des trois dernières décennies.

2024-05-13T17:58:58+02:00 13.05.24|ÉDITORIAL|