INTERVIEW AVEC VAHÉ GABRACHE

Le 1er novembre 2025, l’Académie Suisse-Arménienne de l’Hôtellerie (SAAH) a été inauguré à Gyumri. Basée sur le modèle éducatif suisse, ce nouveau programme d’enseignement et de formation professionnels en hôtellerie est développé en partenariat avec l’École hôtelière de Lausanne (EHL) et est officiellement agréé par Vocational Education & Training (VET) (Enseignement et formation professionnels) de cette dernière.

Artzakank s’est entretenu avec Vahé Gabrache, fondateur de la SAAH.

Comment avez-vous eu l’idée de lancer ce projet ambitieux et quelles sont les différentes étapes franchies jusqu’à son aboutissement?

L’idée de créer la SAAH s’inscrit dans un temps long, presque dans une forme d’évidence personnelle. Je suis un ancien étudiant de l’École hôtelière de Lausanne (EHL), promotion 1973–1976: un passage fondateur qui remonte à un demi-siècle. À ma sortie de l’École, c’est grâce à Vicken Vartzbed que je me suis pleinement ancré dans la dynamique arménienne – une «marmite» dans laquelle je suis resté immergé depuis lors.

Après l’indépendance de l’Arménie, il y a plus de 30 ans, je me suis interrogé sur la pertinence d’implanter dans le pays une antenne inspirée du modèle EHL. Une première étude menée avec le gouvernement de l’époque a montré que l’Arménie n’était alors pas encore prête à s’engager dans un tel projet.

Deux décennies plus tard, le destin a placé sur ma route Charles Egli: son fils étudiait à l’EHL, il nourrissait lui aussi le projet d’ouvrir une école en Arménie, et moi je portais depuis 30 ans un rêve intact. Nos deux visions, complémentaires, ont permis de relancer l’initiative – cette fois dans le cadre du programme VET by EHL, plus adapté à une implantation internationale progressive, opérationnelle et durable.

Le parcours a ensuite été semé d’imprévus: la pandémie de Covid-19 a suspendu nos avancées pendant près de deux ans. Par ailleurs, la fondation COAF (Children of Armenia Fund), initialement engagée dans le projet sous la direction d’Irina Igitkhanian-Mnatsakanian, s’en est finalement retirée. Irina a alors quitté ses fonctions au sein de COAF pour reprendre, avec engagement et compétence, la mission de cheffe de projet, qu’elle a menée jusqu’à l’inauguration officielle de l’Académie à Gyumri, deuxième ville du pays.

Quels sont les buts de cette Académie et qui sont vos partenaires financiers, académiques, logistiques dans ce projet?

Les objectifs de la SAAH sont avant tout tournés vers la formation professionnelle et l’élévation des standards de service en Arménie. Il ne s’agit pas de reproduire le modèle de Lausanne, devenue aujourd’hui une Hospitality Business School, délivrant un enseignement supérieur suisse reconnu mondia-lement comme l’une des meilleures institutions en management hôtelier – une école destinée à former les futurs dirigeants de l’industrie de l’accueil.

Notre démarche à Gyumri vise un autre terrain: celui du savoir-faire opérationnel, des métiers essentiels à l’hôtellerie moderne, et de la création d’un vivier de talents locaux capables d’intégrer le secteur, puis d’en assurer progressivement la supervision.

Sur le plan académique, notre partenaire de référence est l’EHL, à travers son programme VET by EHL, qui garantit la qualité pédagogique, les contenus et l’agrément officiel de nos formations.

Sur le plan financier, nous sommes soutenus par l’Union Générale Arménienne de Bienfaisance (UGAB) ainsi que par un réseau d’investisseurs privés.

Enfin, sur le plan logistique, l’Académie est aujourd’hui intégrée à l’Apricot Hotel, au centre de Gyumri, qui nous offre un cadre connecté à la vie locale et à la réalité du terrain.

Quelles sont les différentes formations proposées par cette Académie et à qui s’adressent-elles? Les diplômes délivrés par la SAAH seront-ils reconnus dans d’autres pays?

La SAAH propose des formations dans trois grands domaines: l’art culinaire, la gestion des services Food & Beverage (F&B) et l’administration hôtelière. Elles s’adressent à des étudiants dès l’âge de 18 ans, et reposent sur le modèle suisse de l’apprentissage dual, reconnu pour son approche pratique, orientée vers les compétences et l’immersion professionnelle

Le cursus combine cours théoriques, ateliers techniques et périodes de stage en entreprise, permettant une progression solide vers des rôles opérationnels, puis, à terme, de supervision.

Les certifications VET by EHL répondent à des standards internationaux et sont reconnues au sein du réseau mondial des centres et partenaires de formation agréés par l’EHL, facilitant ainsi la mobilité professionnelle des diplômés dans plusieurs pays.

Quel est le nombre d’effectifs enseignants, la capacité d’accueil et le nombre d’étudiants inscrits pour ce premier semestre?

L’Académie a ouvert ses portes le 1er novembre 2025 avec une première groupe de six étudiants.

L’équipe fondatrice et la gouvernance reposent sur une structure claire et complémentaire:

  • un Directeur Général de la SAAH, garant de la vision stratégique et du développement institutionnel,
  • un Directeur de l’École, responsable de l’organisation pédagogique et de la gestion des étudiants,
  • un Chef de cuisine, en charge de l’enseignement culinaire et des ateliers pratiques,
  • un Directeur Food & Beverage (F&B), dédié à la formation en restauration et aux métiers du service,
  • et un Responsable de l’administration hôtelière, chargé des enseignements liés à la réception, à la gestion et au suivi opérationnel.

Tous les enseignants et responsables pédagogiques ont été recrutés localement et ont passé avec succès les évaluations et tests rigoureux de l’EHL.

Nous accueillerons progressivement jusqu’à 240 étudiants en rotation, entre ceux en stage et ceux en formation sur le site. Le programme se déploie sur 18 mois, selon un rythme alternant cours et immersion professionnelle.

À l’origine, la SAAH devait être hébergée dans un bâtiment périphérique mis à disposition par COAF. Un choix stratégique nous a finalement conduits à nous établir au centre-ville, au sein de l’Apricot Hotel. Son propriétaire, Monsieur Hrand Grigoryan, a loué à la SAAH un étage entier dédié à l’enseignement, tout en ouvrant son établissement aux étudiants pour leurs cours et ateliers pratiques – un soutien logistique précieux, qui renforce concrètement l’apprentissage dual et l’intégration professionnelle de nos apprenants.

Remerciements

Je tiens enfin à exprimer ma profonde gratitude au journal Artzakank pour l’intérêt sincère qu’il a porté à notre initiative. Merci de vous être intéressés au projet de l’Académie Suisse-Arménienne de l’Hôtellerie (SAAH) et de contribuer, par votre regard et votre relais, à faire connaître cette aventure éducative et humaine au service de l’Arménie et de sa jeunesse.

(Photos tirées de https://www.saah-edu.am)