Maral SIMSAR
En août 2026, le député arménien Arman Yeghoyan (du parti Contrat civil au pouvoir) a déclenché une vive polémique en qualifiant le principe «plus la diaspora est forte, plus l’Arménie est forte» de «mensonge parfait» et de «mythe». S’exprimant lors d’un débat à l’Assemblée nationale arménienne, M. Yeghoyan a déclaré que la diaspora ne pouvait physiquement croître ou se renforcer qu’au détriment de l’Arménie, c’est-à-dire par de nouvelles vagues d’émigration depuis la République d’Arménie ou par des transferts internes entre communautés. Il a également contesté la représentativité de figures majeures de la diaspora. Ces propos ont suscité l’indignation d’un nombre d’organisations traditionnelles de la diaspora qui y voient une tentative délibérée de marginalisation.
Les relations entre l’Arménie et la diaspora traversent une période difficile, marquée par des tensions politiques entre le gouvernement de Nikol Pashinyan et les organisations traditionnelles de la diaspora. Trente-cinq ans après l’indépendance de l’Arménie, les questions les plus fondamentales restent sans réponse: que représente la diaspora pour l’Arménie? Que représente l’Arménie pour la diaspora? Partagent-elles un intérêt national commun et clairement défini? Pendant des décennies, le souvenir du génocide arménien, la patrie historique, l’Artsakh et l’Église arménienne ont constitué des piliers importants de l’identité de la diaspora. C’est sur ces piliers, conjugués avec des œuvres caritatives, qu’ont été construites ses relations avec la Mère Patrie. Mais l’existence d’une Arménie indépendante a engendré une réalité radicalement différente. L’Arménie n’était plus un concept historique ou sentimental. C’était un État doté de frontières clairement définies, et avec des responsabilités envers ses citoyens en matière de sécurité, de santé, d’éducation, d’économie, de services publics, etc.
Après la guerre de 2020 et la perte de l’Artsakh, la divergence des intérêts et des priorités entre l’Arménie et la diaspora est devenue plus prononcée. Les structures politiques, religieuses et traditionnelles de la diaspora peinent à redéfinir leur mission en tenant compte du nouveau contexte géopolitique et régional dans lequel évolue l’État arménien. D’autre part, le gouvernement arménien semble proposer à la diaspora de modifier ses centres d’intérêt en passant de la patrie historique à l’État actuel, de la mémoire aux intérêts de l’État, des agendas politiques panarméniens à l’agenda souverain de la République d’Arménie.
Comment concilier les besoins et les attentes de chacun? Comment créer des espaces de dialogue et de réflexion pour échanger des idées plus nuancées et réalistes, en tenant compte des sensibilités et s’abstenant de toute déclaration blessante ou prêtant à controverse? À quand un débat de fond sérieux et surtout honnête sur les questions qui nous interpellent?
