STAND D’HONNEUR AU SALON DU LIVRE 2011

par Eliane BAGHDASSARIAN

Vendredi 29 avril

Avoir un stand d’honneur arménien au Salon du Livre est plus qu’un honneur, c’est un grand événement de notre communauté, événement que tous préparaient depuis plusieurs semaines et même depuis des mois. C’est aussi avoir la visite des officiels le jour d’ouverture. Après un certain retard, un petit signe me dit que notre Ambassadeur, Charles Aznavour, arrive enfin, suivi des représentants des autorités suisses et de la Vice­ministre de la Culture en Arménie.

Charles Aznavour monte sur le podium et nous dit notamment sa joie de pouvoir parler de la culture et des arts que !’Arménien véhicule depuis des siècles. Et, dans notre stand géant, il se sent « chez lui » en Arménie.

La Vice-ministre de la culture en Arménie, Mme Arev Samvelyan, est fière d’assister à cet événement qui nous rappelle qu’il y a 500 ans que l’imprimerie arménienne existe. Elle adresse ses remerciements aux autorités suisses, à la Fondation Topalian et aux missions diplomatiques arméniennes qui ont permis une telle réalisation.

Le chœur « Notre-Dame d’Arménie» de Gumri, sous la direction du Maître Robert Mlkeyan entonne l’hymne national et des chants arméniens; moment de très grande émotion. Puis le Duo Florence von Burg, violoniste, et Luc Baghdassarian, pianiste, poursuit le concert avec des airs arméniens et d’autres musiques de circonstance.

Les officiels étant partis entre-temps, nous prenons le temps d’admirer les énormes lustres aux lettres de l’alphabet armernen. Nous saluons aussi les responsables des petits stands du Stand Géant, soit: réception, livres de notre librairie, éditions turques de livres arméniens, les célèbres enluminures reçues des communautés européennes (un véritable lieu de recueillement), les voyages vers l’Arménie et l’Artsakh, la caisse (bien sûr!) et la dégustation.

Mais sur le podium, Alain Navarra, historien de l’art, que nous avons l’honneur de rencontrer à nos manifestations depuis plusieurs années, introduit le premier conférencier, Zaven Yegavian, directeur du département des communautés arméniennes de la Fondation C. Gulbenkian, lequel donne l’historique de cette mémorable institution.

Une table ronde, présentée par Mme Valentina Calzolari-Bouvier de l’Université de Genève, traite de la Suisse et des Arméniens dont le véritable contact s’établit surtout après les massacres de 1895.

M. Raymond Kevorkian, historien, nous parle de son livre «Le Génocide» édité en 2010, qui tient compte de nouvelles sources, région par région, et de la diversité des langues, révélant des faits nouveaux importants.

Stefan Kristensen annonce «Les réverbères de la mémoire», monument à la mémoire du génocide arménien proposé par Melik Ohanian, vainqueur d’un concours. Ce monument sera installé à !’Esplanade St ­Antoine à Genève.

Samedi 30 avril

Le deuxième jour de cette Exposition, nous écoutons, grâce à Mariam Mkhitaryan, un disque de Komitas où l’on entend sa voix authentique. Oui, ce disque existe encore!

Maxime Yevadian parle ensuite de «St-Grégoire de Tallard». Tallard est une petite ville du sud de la France, que certains Arméniens visitent lors de pèlerinages.

«La presse arménienne de la Diaspora» est présentée par un groupe de journalistes, avec les titres: AGOS, FRANCE-ARMENIE, NOR-HARATCH, LES NOUVELLES D’ARMENIE-MAGAZINE», et, bien sûr, ARTZAKANK, représenté par Séta Kapoïan.  Quelques vœux sont exprimés par les gens de presse:

– Aller vers les jeunes;

– Rechercher une synthèse des institutions;

– La presse de la diaspora doit rester indépendante;

– L’Arménie compte tout de même sur notre regard;

– Dénoncer la corruption t la perversité des États par rapport à notre cause.

Vervant Zorian, de l’Université de New-York, annonce l’existence de !’«Université virtuelle de l’UGAB» (ndlr: voir Artzakank N°170 p.9). Doublé de diapositives, nous apprenons que l’enseignement est donné en russe, anglais, espagnol et français. Avis aux intéressés!

La pause de midi nous permet de nous désaltérer et de nous sustenter au stand des délicieuses dégustations arméniennes, et de nous reposer juste à côté, où nous sommes si bien. Bravo Annie!

Un petit film du Matenadaran (bibliothèque-Institut des recherches sur les manuscrits anciens à Erevan), qui donne une grande envie de retourner «là-bas», est suivi d’une table ronde passionnante concernant l’Arménie et l’Occident, en partant du Haut Moyen Âge jusqu’à nos jours. Une conclusion exprime le souhait de voir un jour un Ministre à la tête de nos communautés, un ministre qui puisse jouer un rôle et passer outre sur les calculs électoraux!

Une présentation de jeunes auteurs eut encore lieu en fin de journée: Aram Pachyan, Karen Antashyan, Chouchanik Tamrazyan.

Dimanche 1er mai

«L’Edition arménienne des origines à nos jours» -Table ronde

R. Kevorkian, animateur, explique que les premiers essais ont été faits à Constantinople vers 1570. Grâce à de riches Arméniens, les 16e et 17e siècles voient les premières éditions de livres pour les églises. Au 18e siècle, des artisans s’essaient à l’imprimerie à Constantinople, Venise et Amsterdam, et le niveau devient incomparable. Après la Grande Guerre, Paris et Los Angeles prennent une partie de l’impression.

Citons quelques maisons d’éditions: Editions Arménie (Mkrtich Matevosyan), Editions ARAS (Ardashes Margosian) en armernen et en turc, Editions «Parenthèses et Sigest» France (Jean Sirapian).

Il semble qu’on se prépare à parler cuisine; mais d’abord une collation à notre stand préféré s’impose!

Maral Wurry et Serge Ghoukassian – «La cuisine et le vin arménien»

Pendant que défilent sur l’écran les recettes arméniennes, Maral Wurry présente son livre de cuisine. On en mangerait! Alain Navarra converse avec Serge Ghoukassian au sujet du vin approprié pour accompagner les recettes. Les noms de régions viticoles défilent à l’envi.

«La province des Ténèbres» œuvre de Daniel Arsan intéressera les amateurs de voyages exceptionnels.

Ruzan Tonoyan parle des «Livres pour enfants» que l’on trouve à notre stand. Elle rappelle que l’encouragement à la lecture commence très tôt et quand le «virus» est là, il dure vraiment toute la vie.

«Etre écrivain arménien aujourd’hui en Arménie et en Diaspora» – Table ronde

Krikor Beledian se demande s’il faut écrire ou ne pas écrire quand on est «hors de», c’est-à-dire en Diaspora.

Violette Grigoryan, en Arménie, n’a pas hésité, pour écrire. Elle a même subventionné elle-même ses œuvres pour ne pas tomber sous le couperet d’une censure larvée. Mais les archivistes ont poursuivi ce jeu néfaste. Il y a eu des années difficiles …

Vahé Godel, qui a traduit de nombreuses œuvres d’Arméniens, dont précisément de Violette Grigoryan, a constaté que depuis 1980 ce sont surtout des femmes courageuses qui s’expriment par l’écriture.

Après cette Table Ronde, une rencontre au Grand Café littéraire, fort intéressante, a eu lieu entre Ali Bayramoglu et Sarkis Shahinian (un compte-rendu séparé de cette rencontre paraîtra dans le prochain numéro d’Artzakank). Mme Ariane Bonzon, journaliste, en assurait la présidence.

Le Salon du Livre présente traditionnellement quelques danses. Ce dimanche c’était la troupe Sanahin au complet, dirigée comme il se doit par Christina Galstyan-Agoudjian, qui nous a présenté quelques productions de son répertoire, ce qui n’a pas manqué d’amener à notre stand une foule de spectateurs. Merci donc à nos jeunes artistes.

Lundi 2 mai

« Les Petits-Enfants »

Ayse Gül Altinay est la petite fille d’une grand-mère qui a été musulmane pendant la grande partie de sa vie, comme 200.000 autres femmes et quelques hommes en Turquie. Ce sont des témoins et victimes; beaucoup d’entre eux ont été interviewés et on continue de le faire, si possible. Si le gouvernement voulait maintenant empêcher cette évolution, il aurait du mal! Ce livre a rencontré un énorme succès: 2000 volumes imprimés d’abord, puis 7000.

C’est le jour de la visite du Président de l’Arménie. Pendant cette attente, il y a lieu de visiter l’exposition exceptionnelle des «Douze capitales de l’Arménie». Ce petit paradis nous fait voir des reproductions de ruines, de bâtiments, d’églises, de villages, d’anciennes et nouvelles villes, et surtout les costumes, sur des mannequins grandeur nature, que portaient les dames de ces capitales, costumes dont notre Nevrik Azadian n’est pas étrangère. Rester là un moment, c’est rêver.

Pendant que les officiels parcourent le Salon du Livre, Florence von Burg, violon, et Luc Baghdassarian, piano, donnent un petit récital d’airs arméniens et autres. Puis les visiteurs s’installent enfin devant le podium, écoutent une mélodie de Komitas et se lèvent pour l’hymne national d’Arménie.

Au nom de la Fondation Topalian et de la Communauté arménienne de Suisse, Vahé Gabrache salue S.E. Serge Sargsyan, président de la République d’Armé­nie, Mmes Hasmik Poghosyan, Ministre de la Culture et Hranoush Hagopyan, Ministre de la Diaspora en République d’Arménie, S.E. Charles Aznavour, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République d’Arménie, le poète Razmig Davoyan ainsi que les délégués des autorités suisses et de Palexpo: MM. Charles Beer, Robert Hensler, Dominique Louis, Patrik Ferla.

Charles Aznavour se dit heureux de se trouver à cet impressionnant Salon du Livre qui marque pour nous le 500e anniversaire de l’imprimerie. Mais il dit notamment qu’il est important de ne pas rester au Moyen Âge. La révolution apportée par l’imprimerie, où nous étions parmi les premiers, correspond à celle que nous apportent les ordinateurs aujourd’hui …

Le président Serge Sargsyan, déclare que ce 500e anniversaire donne de bonnes occasions à l’Arménie de s’intéresser à la culture. L’Arménien qui ne lit pas ne peut pas s’y intéresser. Le Président rappelle que le Matenadaran est en cours de réfection et d’agrandissement. Des dizaines d’autres bibliothèques seront rénovées.

Puis cette rencontre mémorable prend fin. Les invités se dispersent et les activités du stand reprennent leur cours.

V.CALZOLARI – Les Apôtres de l’Arménie, Thaddée et Barthélémy, aux origines du Christianisme

Le premier siège de l’Eglise arménienne est à St­Thaddée (Monastère situé en Iran, près de Tabriz). Selon la tradition, les reliques du Saint prouvent qu’il continue de nous assurer sa protection, car l’Apôtre Thaddée aurait reçu l’Arménie pour son apostolat. Thaddée a été martyrisé, ainsi que son successeur, l’Apôtre Barthélémy.

«Le rôle des associations arméniennes entre tradition et intégration d’identité» – Table ronde

Sarkis Shahinian parle de l’Association Suisse­ Arménie, créée en 1992, qui sensibilise l’opinion au niveau étatique et tend à renforcer les liens avec les parlementaires.

Vahé Gabrache énumère de nombreuses fondations: Topalian, St-Grégoire (Eglise et Centre), Armenia, Alliance Arménie, Philippossian.

Astghik Marandjyan dit que l’Arménie voudrait pouvoir décider si elle accepte les projets. Vahé Gabrache reconnaît que les jeunes doivent faire plus.

Jean-François Duchosal remercie la Communauté de l’associer à ses manifestations et la félicite pour sa marche continue … Il se sent bien avec nous!

Mardi 3 mai

Sévane Garibian, «Le crime contre l’humanité au regard des principes fondateurs de l’Etat moderne» (thèse de la faculté de droit): Un sujet intéressant, traité avec clarté, même pour les profanes. On apprend que l’expression «crime contre l’humanité» est traitée différemment selon les époques et le mot «génocide» en subit les conséquences. Elle rappelle qu’en Suisse le «négationnisme» est condamné, de même qu’à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Tôt ou tard, elle pense qu’une uniformisation sera réalisée.

«L’iconographie de l’après: l’exile et le «trauma» dans les images»

Grâce à des diapositives, Alain Navarra présente des sujets peints par des artistes de la troisième génération. On apprécie les travaux de Jacques Aslanian, Robert Barsamian, Paul Guiragossian, Annette Gourgian, Armand Daramian, Gérard Oratian.

Une bande dessinée «Prior to the Auction of Souls» (Avant les enchères des âmes) éditée par Sossi Ghazarian rencontre un grand succès au stand.

Le chapitre des bandes dessinées est suivi du film court métrage de Levon Minassian, «Le Piano», très réaliste de la sensibilité arménienne. Serge Avedikian et Levon Minassian font ensuite un résumé de l’histoire du cinéma en Arménie, dont la situation n’est malheureusement pas brillante actuellement.

«Comment défendre une culture minoritaire? Les études dans le panorama universitaire» – Table ronde

Charles de Lamberterie, Valentina Calzolari Bouvier, Anaïd Donabedian et Th. van Lint nous expliquent comment ils ont accédé à la culture arménienne. Il faut vouloir s’y intéresser, mais le programme est vaste et enrichissant. On apprend que Charles de Lamberterie a eu la chance de connaître M. Godel père, qui l’a passionné.

Loucine Dessingy, assistante de l’Université de Genève, commente le film «La couleur de la Grenade» de Paradjanov. Pour ce film, parfois ambigu, les explications sont fort appréciées.

Et l’on passe à d’autres sujets moins littéraires: tout d’abord le tirage au sort de la loterie. Deux gagnants chanceux pourront faire un voyage en Arménie!

Le moment des remerciements est venu avec la fin de notre Stand exceptionnel. Annie Mesrobian et son équipe ont organisé une petite dégustation pour réunir les responsables des petits stands du Grand STAND, les architectes, les petites-mains, les danseurs, les écrivains, les musiciens, sans oublier Huguette, Méda, Nevrik, Christine, Thérèse, Claudine, Anna et leurs chers maris. Il y a tant de personnes qui ont œuvré pour ce Salon du Livre qu’il en manque plus de la moitié. Donc MERCI à TOUS, ce fut une épopée réussie, extraordinaire ! MERCI, MERCI!

(Photos: Centre arménien)

2017-12-02T00:12:00+01:00 19.05.11|COMMUNAUTÉ, SUISSE-ARMÉNIE|

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