Dans une salle baignée de lumière, le parfum du pain fraîchement sorti du four se mêle aux conversations d’un groupe de retraitées réunies autour d’un déjeuner. Quelques mètres plus loin, des apprentis en cuisine préparent le repas du jour tandis qu’une bénévole accompagne une personne âgée lors d’un atelier créatif.

Voici l’image d’un rêve devenu réalité. Notre Maison des apprentis est devenue un lieu de transmission, d’insertion et de solidarité entre les générations.

Créée par la Fondation Miassine, la structure poursuit une ambition simple: permettre à des jeunes vulnérables d’acquérir un métier tout en recréant des liens sociaux dans une société fragilisée par les crises successives et les transformations sociales.

Former les jeunes, recréer des liens

Tous les ans, au moins douze apprenti-e-s sont formé-e-s aux métiers de la boulangerie-pâtisserie, de la restauration et de l’hôtellerie. Dans la région de Chirak où le chômage des jeunes demeure élevé et où de nombreuses familles vivent dans la précarité, ces formations constituent souvent la première étape vers l’insertion professionnelle et une autonomie économique.

Mais les bouleversements provoqués par l’exode des Arméniens d’Artsakh ont conduit la fondation à élargir son action. Au cours des derniers mois, quarante-cinq femmes réfugiées et leurs familles ont bénéficié d’un accompagnement associant soutien social, activités collectives et espaces d’écoute.

Pour beaucoup d’entre elles, la Maison des apprentis est devenue un refuge

«Ici, nous retrouvons des visages familiers, nous parlons, nous cuisinons, nous oublions un peu nos difficultés», confie l’une des bénéficiaires.

La création du Club des seniors

 À Gumri, les séquelles du tremblement de terre de 1988 demeurent visibles. Des milliers de familles ont été touchées et de nombreuses personnes âgées vivent aujourd’hui seules, après avoir perdu des proches ou vu leurs enfants partir travailler à l’étranger.

Les retraites, 150 CHF mensuel en moyenne, couvrent difficilement les dépenses essentielles. Chauffage, médicaments ou alimentation représentent des charges souvent insurmontables pour des personnes qui ont travaillé toute leur vie.

La situation s’est encore aggravée avec l’arrivée de personnes âgées réfugiées d’Artsakh, contraintes d’abandonner leur maison, leurs biens et leurs repères.

Face à cette réalité, Miassine a progressivement développé des activités destinées aux personnes âgées en créant le Club des Seniors. Chaque semaine, un repas gratuit préparé par les apprentis rassemble une trentaine de personnes âgées autour d’une table commune. Des ateliers de bien-être (karaoké, relaxation), des activités créatives (danse, chant, dessin), des ateliers sur la santé et des sorties culturelles complètent cet accompagnement.

Une inspiration venue de Suisse

Le projet développé à Gumri trouve également ses racines dans certaines expériences européennes, notamment suisses, qui placent les personnes âgées au cœur de la vie sociale.

Des associations telles qu’AVIVO défendent depuis plusieurs décennies la participation des retraités à la vie citoyenne, la lutte contre l’isolement et le développement d’activités favorisant les échanges entre générations.

La Fondation Miassine s’est inspirée de cette approche en l’adaptant au contexte arménien. L’objectif consiste à considérer les personnes âgées non comme de simples bénéficiaires, mais comme des acteurs à part entière de la vie locale.

Les repas partagés, les ateliers et les rencontres entre apprentis et seniors rappellent ainsi certaines initiatives développées en Suisse tout en répondant aux besoins spécifiques de Gumri.

«Nous voulons créer des ponts entre les générations. Les personnes âgées transmettent leur expérience et leur mémoire, tandis que les jeunes apportent leur énergie et leur présence», explique Satenik, notre directrice sur place.

Le soutien décisif de partenaires suisses

Cette démarche a trouvé un écho particulier auprès de partenaires suisses. À la suite d’une visite à Gumri et de la découverte des activités de la Maison des apprentis, la délégation de la Fondation Armenia a décidé d’apporter un soutien majeur au programme destiné aux personnes âgées.

Convaincue de la pertinence de cette approche intergénérationnelle et de son impact social, la fondation Armenia a choisi de financer l’ensemble des activités de 2025-26.                                  

Ce soutien permet d’assurer les repas mensuels, les ateliers de bien-être, les activités créatives, les conférences, les sorties culturelles ainsi que l’accompagnement des personnes âgées isolées, y compris les réfugiés d’Artsakh.

Pour nous, cette décision constitue à la fois une reconnaissance du travail accompli et une garantie de continuité pour les bénéficiaires.

Le partenariat illustre également les liens de solidarité qui unissent la Suisse et l’Arménie. Il montre qu’au-delà de l’aide humanitaire traditionnelle, les échanges d’expériences et les visites de terrain peuvent faire émerger des projets durables.

Une autre manière de réconforter

Au-delà de l’aide matérielle, nous insistons sur une notion qui revient régulièrement dans les échanges avec les bénéficiaires: celle de la dignité. Ici, les personnes âgées ne sont pas considérées comme des personnes dépendantes ou assistées, mais comme des membres à part entière de notre communauté.

Au fil des mois, des liens de confiance se sont noués avec l’équipe de Miassine. Arminé, Hasmik, Arpiné et Kristiné sont devenues des visages familiers, attendus et appréciés. Pour plusieurs bénéficiaires, leur présence régulière représente bien davantage qu’un accompagnement social: elle apporte une écoute, une attention et un sentiment d’appartenance. Miassine est la Maison de tous.

Astrig Marandjian / Fondatrice de Miassine / miassine.com