Maral SIMSAR
À la veille des commémorations du 111e anniversaire du génocide des Arméniens, les autorités azerbaïdjanaises ont rasé la cathédrale Surb Astvatsamor Hovanu de Stepanakert. La nouvelle est tombée quelques jours seulement après que les médias arméniens ont rapporté la démolition d’une autre église, Saint Hakob, dans la même ville. Suite à un communiqué de condamnation diffusé par le Saint Siège d’Etchmiadzine, le Bureau des musulmans du Caucase situé à Bakou, a reconnu ces destructions en prétendant qu’il s’agissait de «bâtiments» construits illégalement pendant les «années d’occupation».
L’effacement systématique du patrimoine culturel et religieux arménien après le nettoyage ethnique en Artsakh s’inscrit dans la continuation du processus génocidaire contre le peuple arménien commencé au début du 20e siècle. Il vise à faire disparaître les traces de sa présence sur les terres historiquement arméniennes depuis deux millénaires.
Avec l’effondrement de l’ordre mondial, nous assistons impuissants aux violations flagrantes du droit international des droits de l’homme, causant des souffrances humaines inimaginables. Les crimes de guerre, les expulsions forcées et les nettoyages ethniques qui se produisent au Proche-Orient au vu et au su du monde entier suscitent de profonds sentiments d’amertume et de désespoir tout particulièrement chez les Arméniens, en quête de justice pour leurs aïeux, victimes du génocide de 1915, mais aussi pour les 120’000 Arméniens déplacés de force d’Artsakh en 2023
Le discours pacifiste du Premier ministre Pashinyan et de son gouvernement, en complet décalage avec les actions et déclarations de la partie adverse, peinent à convaincre une grande partie des Arméniens sur les intentions de l’Azerbaïdjan et de la Turquie. De surcroît, le manque de réaction appropriée de la part des autorités arméniennes aux actes et messages hostiles voire menaçants de l’Azerbaïdjan, et les déclarations ambigües de M. Pashinyan autour de son idéologie de «l’Arménie réelle» nous rendent perplexes et inquiets.
Indépendamment de la position du gouvernement d’Arménie sur la place de la mémoire du génocide de 1915 et de ses choix politiques, basés sur des considérations de realpolitik, il est de notre devoir dans la diaspora, en tant que descendants des survivants du génocide, de poursuivre, sans relâche, l’exigence de reconnaissance et de réparations de la part de la Turquie. Il nous appartient également de multiplier nos efforts pour obtenir la libération des prisonniers politiques arméniens détenus en otage par Bakou, soutenir le droit au retour des Arméniens d’Artsakh sur leurs terres et la préservation de ce qui reste du patrimoine arménien en Artsakh et en Turquie.
Nos efforts continus durant plusieurs décennies ont porté leurs fruits à savoir, la reconnaissance du génocide de 1915, par un grand nombre d’États. Cependant, le constat est amer: Ces reconnaissances ne nous ont pas aidés à prévenir le blocus génocidaire imposé aux Arméniens d’Artsakh, suivi de leur exode forcé de leurs terres ancestrales. Pire encore, après la perte de l’Artsakh, c’est la République d’Arménie, une rescapée en quelque sorte du génocide de 1915, qui est actuellement menacée.
Dès lors, il est grand temps de faire une analyse sans complaisance du travail accompli dans le passé, de définir les objectifs à poursuivre à l’avenir ainsi que les moyens pour y parvenir. Les grands bouleversements que traverse le monde ces dernières années et l’Arménie en particulier exigent une remise en question de nos priorités, l’optimisation de nos ressources et l’adaptation de notre méthodologie aux nouvelles réalités.

