Tiruhi GALSTYAN
Deux rencontres consacrées à la figure de Jean-Jacques Rousseau ont récemment réuni à Genève des acteurs du monde culturel et académique suisse autour d’un thème original: «Rousseau Arménien». La première rencontre s’est tenue à la Maison Jean-Jacques Rousseau et littérature, tandis que la seconde a été organisée dans le cadre du Mardi des Alumni de l’Université de Genève.
Ces deux évènements, consacrés à un aspect singulier et méconnu de l’identité et de l’iconographie du célèbre philosophe genevois, ont permis d’examiner la manière dont la figure de Rousseau a été représentée et réinterprétée à travers différentes traditions culturelles.
Dans son discours d’ouverture, S.E. Mme Hasmik Tolmajian, Ambassadrice de la République d’Arménie en Suisse, a exprimé sa gratitude aux organisateurs et aux institutions partenaires, soulignant l’importance de telles initiatives dans le dialogue entre les traditions intellectuelles et culturelles. Elle a souligné que ces rencontres offrent une première approche de l’Arménie à travers le regard singulier de l’un des plus grands Genevois, permettant de découvrir un Rousseau parfois méconnu: Rousseau l’Arménien.
Jacques Berchtold et «l’image arménienne» de Rousseau
Le professeur et écrivain suisse Jacques Berchtold, directeur de la Fondation Martin Bodmer, était le principal intervenant de ces conférences. Dans ses interventions, il s’est penché sur l’identité et la vision du monde de Jean-Jacques Rousseau, en accordant une attention particulière à ses années d’exil et à leur influence sur sa pensée, son rapport à lui-même et sa relation au monde.
Son analyse a mis en lumière la rencontre de différents univers culturels et de plusieurs courants intellectuels dans la construction de la figure de Rousseau. Une place centrale a été accordée à ce qu’il a présenté comme «l’image arménienne» du philosophe, notamment à travers l’adoption de «l’habit arménien». Loin de se limiter à une repré-sentation exotique ou à une mode vestimentaire de son époque, cette image renvoie à des questions plus profondes liées à l’identité, à l’exil, à la liberté et à la recherche de vérité. Elle permet ainsi de porter un regard nouveau sur le philosophe genevois et sur la manière dont la figure de l’Arménien a pu entrer en résonance avec son propre parcours et sa pensée.
Deux lieux, un même dialogue culturel
La tenue de ces deux manifestations dans des cadres différents a permis de toucher des publics complémentaires. La Maison Jean-Jacques Rous-seau et littérature, intimement liée à la mémoire du philosophe dans sa ville natale, a constitué un cadre particulièrement significatif pour cette réflexion. Le Mardi des Alumni de l’Université de Genève a, quant à lui, inscrit cette thématique dans un contexte universitaire et intellectuel plus large
Le choix de Genève n’est pas anodin. Ville natale de Jean-Jacques Rousseau, elle demeure profondé-ment liée à son héritage et à la mémoire de son œuvre. À travers le thème de «Rousseau Arménien», ces deux rencontres ont permis de porter un regard nouveau sur une représentation moins connue du philosophe et de mettre en évidence les liens qui peuvent se tisser entre différentes histoires culturelles.
La présence de l’Ambassadrice de la République d’Arménie en Suisse a donné à ces échanges une dimension particulière, en soulignant la richesse du dialogue culturel entre l’Arménie et la Suisse.
Au-delà de la figure de Rousseau, ces deux manifestations ont ainsi rappelé le rôle essentiel de la culture, de la recherche et du patrimoine dans la création de passerelles entre les sociétés. Elles ont ouvert un espace de réflexion commun autour de questions universelles qui sont l’identité, la liberté, la mémoire et l’altérité.


