UN HÉRITAGE DE VALEURS

Charles Aznavour au grand concert de la Francophonie le 13 mars 2018 au Palais des Nations à Genève

L’Arménien le plus célèbre de la planète nous a quittés le 1er octobre 2018. Le monde entier a pleuré la disparition du « monument de la culture française » auquel la France a rendu un hommage national dans la cour des Invalides. Cette double identité qu’il a assumée à la perfection, peut servir de modèle pour différentes communautés d’immigrés mais aussi pour les Arméniens dispersés à travers le monde.

Suite au décès de Charles Aznavour, l’Arménie et le combat des Arméniens pour faire reconnaître le génocide de 1915 ont fait la une de la presse internationale. Les récits de sa vie et de sa carrière nous ont rappelé les nombreuses épreuves que la génération des descendants des rescapés du génocide a surmontées avec honneur et dignité. Aznavour incarnait cette génération de filles et fils d’immigrés apatrides dont les valeurs principales étaient le travail, la rigueur et la persévérance.

Le 28 septembre 2018, quelques jours avant sa mort, Charles Aznavour était l’invité de l’émission C à vous et a subjugué les téléspectateurs par sa présence d’esprit et son sens de l’humour. A la question de la présentatrice Anne-Elisabeth Lemoine « Si un mot vous vient, ça sera lequel? », il répondait « Alors c’est travail, et même travaillez à l’impératif ». Quelle leçon surprenante de la part d’un homme de 94 ans ayant atteint le sommet de la célébrité avec ses 80 ans de carrière internationale!

Ce message provenant d’un homme qui a été la fierté de plusieurs générations d’Arméniens nous interpelle aujourd’hui, au moment où la révolution de velours, lancée en Arménie il y a environ six mois, entre dans sa phase décisive. En effet, les évènements se sont précipités après les élections du conseil municipal d’Erevan (23 septembre 2018), remportées par la liste Mon pas, avec à sa tête Hayk Marutyan, devenu le nouveau maire de la capitale. Le 16 octobre, Nikol Pashinyan a annoncé sa démission du poste de Premier ministre afin de pouvoir convoquer des élections législatives anticipées malgré l’opposition et les manœuvres du Parti républicain, majoritaire au parlement. Après deux échecs consécutifs des députés à désigner un nouveau chef du gouvernement, le parlement a été dissous le 1er novembre conformément à la Constitution, et les élections législatives anticipées ont été fixées au 9 décembre.

Le Premier ministre par intérim a promis d’assurer un scrutin « à 100% juste et légitime » à l’issu duquel un parlement exprimant la volonté souveraine du peuple sera formé. Ces élections marqueront le point de départ de la mise en œuvre des projets de réforme du gouvernement qui nécessitera la contribution de tous les Arméniens.

La prochaine étape s’annonce ardue et ne pourra être franchie avec succès que si les valeurs de la révolution sont adoptées et appliquées au quotidien et à tous les niveaux. Le travail sans relâche, la rigueur, la confiance en ses propres forces, la dignité, l’esprit d’initiative, la créativité sont les valeurs de cette révolution non-violente, basée sur l’amour. Elle sont présentes comme un fil rouge dans presque tous les discours prononcés par M. Pashinyan ces derniers mois, notamment lors de ses déplacements dans les provinces et pendant ses rencontres avec les milieux économiques.

Ces mots d’ordre de la Nouvelle Arménie se font l’écho du message de Charles Aznavour et des valeurs qu’il a symbolisées durant toute sa vie. Les efforts réussis de Pashinyan sur le plan personnel dans l’apprentissage de la langue française à l’occasion du Sommet de la Francophonie à Erevan ne constituent-ils pas un bel hommage à la mémoire du grand chanteur?

L’avenir de la révolution dépendra de la mesure dans laquelle ces valeurs seront ancrées dans les esprits et les cœurs des Arméniens à travers le monde et de leur volonté de les mettre en pratique pour une Arménie libre et prospère.

Maral Simsar

2018-11-15T18:22:13+00:00 15.11.18|ARMÉNIE & ARTSAKH, ÉDITORIAL|

Laisser un commentaire