RAMEURS À CONTRE-COURANT

(Photo page Facebook de Repatarmenia)

Un soir d’été, dans un café non-fumeur à Erevan, il règne une effervescence inhabituelle. Les clients, une fois enregistrés à l’accueil, reçoivent une étiquette autocollante marquée de leur prénom qu’ils portent sur le haut de leur vêtement. On entend des conversations en anglais, en français, en russe, en arabe et bien entendu en arménien, avec différents accents. L’ambiance est conviviale, on a l’impression que tout le monde se connaît …

Non, il ne s’agit pas d’un groupe de touristes qui se désaltèrent après une journée torride et chargée, moins encore d’une réunion familiale entre cousins lointains venant de différents coins du globe se rencontrer à Erevan. C’est une soirée organisée par Repat Armenia, une fondation pour la promotion du rapatriement des Arméniens de la diaspora, qui a réuni ce jour près d’une centaine de personnes dont la plupart des rapatriés. Dans son mot de bienvenu, le directeur exécutif de la fondation parle des objectifs de Repat Armenia, et se réjouit que seulement au cours du dernier mois une dizaine d’Arméniens de la diaspora, du Canada, des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la Russie, du Liban et de l’Iran, se sont installés en Arménie. Ils viennent  renforcer les rangs des rapatriés de ces dernières années qui constituent le réseau de Repat Armenia. A tour de rôle, les participants de la soirée se présentent en mentionnant leur pays de provenance, leur domaine d’activité en Arménie et la date de leur venue. Suit une présentation des projets de OneArmenia (www.onearmenia.org), une organisation à but non-lucratif qui réalise des projets sociaux ponctuels en Arménie en mettant l’accent sur la transparence quant à l’utilisation des fonds récoltés. La partie formelle terminée, l’heure est aux échanges au niveau individuel : On fait connaissance, on se passe des numéros de téléphone ou d’adresses courriel et on se donne rendez-vous lors d’une prochaine rencontre.

Quel contraste avec l’image de l’Arménie qui prévaut actuellement dans la diaspora sur fond de nouvelles alarmantes concernant l’émigration arménienne! Comment interpréter l’enthousiasme de ces jeunes Arméniens de la diaspora émigrés en Arménie alors que les chiffres officiels de la saignée démographique atteignent des proportions terrifiantes? «Quelques idéalistes qui seront vite découragés» diront les sceptiques. D’autres se souviendront de la désillusion qui a suivi les vagues de rapatriement après la deuxième guerre mondiale. Cependant, si les rapatriés du 20e siècle ignoraient les conditions de vie dans la Mère Patrie sous le régime communiste, ceux d’aujourd’hui savent exactement ce qui les attend et franchissent le pas après mure réflexion. En effet, non seulement ils ont accès à l’information nécessaire, mais aussi la possibilité de faire des séjours de prospection sous forme de stages, de travail bénévole ou d’études, avant de prendre la décision de s’installer en Arménie. Pour avoir une idée sur les motivations, les attentes et surtout les valeurs de ces jeunes et moins jeunes rapatriés, nés et élevés dans la diaspora pour la plupart, il suffit de consulter leurs histoires personnelles sur le site de la fondation (www.repatarmenia.org). Ces récits édifiants qui vont à contre-courant de la tendance générale présagent-ils une intégration réussie qui servirait de tremplin à un rapatriement plus important à un moment où la situation catastrophique dans les pays du Proche-Orient, pousse nos communautés à prendre le chemin de l’exil ?

M. S.

2017-08-31T17:32:10+02:00 15.09.13|ARMÉNIE & ARTSAKH, ÉDITORIAL|

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