ESSAI SUR L’ARMÉNIE

par Sofia DORDOLO

Au début de l’été, j’étais désespérément en quête d’activité, de voyage, de quelque chose pour changer d’air et se changer les idées, lorsqu’on m’a parlé de l’Arménie. On m’a dit «road trip», on m’a dit «pont suspendu», on ne m’a rien dit d’autre, mais ma curiosité était piquée et j’étais prête à m’embarquer vers un pays dont je ne savais rien. Mais ce n’était pas grave, puisque je partais avec des Arméniens, qui eux, savaient tout (ou presque). Mi-juillet nous nous sommes donc envolés pour l’Arménie, et je me suis laissée porter par le voyage et les paysages pendant une semaine. À la fin de mon séjour, on m’a évidemment demandé «Alors, qu’est-ce que tu penses de l’Arménie ?», et à leur grand désespoir, tout ce que j’ai répondu fut «C’est joli». Sachant qu’en qualité d’étudiante en Lettres, je pouvais faire mieux, on m’a demandé de rédiger une dissertation à mon retour. J’avoue avoir pris cette requête à moitié sérieusement, mais je me suis tout de même lancée dedans, et finalement la démarche s’est révélée plus introspective que ce que j’aurais pu penser. Ma petite dissertation étant aussi inattendue qu’originale (si je puis dire), on m’a alors demandé si j’accepterais de partager ce témoignage d’un «regard extérieur» sur le pays. Ne voyant pas pourquoi refuser, voici donc mon «Essai sur l’Arménie»:

Je commencerai par reprendre mon propos de base: «C’est joli». Propos banal sous un certain angle, certes, mais qui, en tant qu’amatrice de beaux paysages et d’esthétique, signifie que j’apprécie et j’admire ce que je vois. Ce n’était donc pas une phrase pour combler mon manque d’arguments, mais un véritable jugement appréciatif. Ensuite, pourquoi c’est joli? D’abord parce que c’est très vert (aucun rapport avec mon fanatisme pour cette couleur). Je ne vais pas mentir, avant d’envisager d’y aller, pour moi l’Arménie c’était un peu un truc désertique, genre des plaines à perte de vue avec deux-trois chameaux au milieu. En faisant des recherches de préparation j’ai découvert à quel point j’avais tort. En arrivant sur place encore plus. C’est très très vert. Tellement vert que la première comparaison que j’ai faite était que ça ressemble à une sorte d’Irlande exotique (pays le plus vert que j’ai jamais visité). Mais ce qui fait toute la différence, c’est que ce n’est pas que vert. C’est aussi gris, brun, rouge, montagneux, vallonné, sylvestre, champêtre, désertique, ça ressemble à l’Irlande, au Portugal, à la Provence, à la Grèce, à la Suisse. On passe d’un paysage à un autre en quelques minutes, et ça c’est vraiment surprenant. Avec toute la prestance que me donnent mes études en Lettres, je dirais même que c’est très cool. Ce qui est surprenant également dans ces paysages, c’est la constante qu’on y trouve à chaque fois: une église.

En haut d’une montagne, au bord d’une falaise, en pleine forêt, mais toujours au milieu de nulle part, au milieu de rien. Du coup, je me dis que, malgré un débat sur les bienfaits de l’extraversion, l’Arménie devait être peuplée d’introvertis à l’époque, parce que je n’ai jamais vu des constructions aussi déterminées à être loin de tout.

Au vu du déroulé de cet essai, je pense qu’il est maintenant clair que j’ai une préférence pour la nature, mais je manquerais à cette présentation si je ne parlais pas de Yerevan. La capitale a cet aspect très paradoxal, à la fois à l’abandon et en évolution, figée dans le temps et dirigée vers le futur, qui, je trouve, est une très bonne représentation du pays et surtout de sa population. Si je peux faire ce genre de supposition, c’est parce que, contrairement à ce que je fais habituellement en voyage, j’ai fréquenté la population. Même si je me suis montrée sceptique au début (on ne peut pas changer un introverti qui s’assume), j’avoue que rencontrer d’autres jeunes Arméniens a été plus plaisant que ce que j’aurais pu imaginer, et surtout, en apprendre sur leur mentalité a été particulièrement “eye opening’’. Il y a quelque chose de fascinant dans le sens très prononcé de la communauté qu’il y a dans la population arménienne. Le fait que des jeunes du monde entier viennent et reviennent dans un pays qui n’est pas forcément leur pays de naissance, ce sens de l’héritage et de la promotion du patrimoine, cette espèce d’espoir latent de reconstruction. Même si je n’en ai eu qu’un aperçu, cette sorte de dévotion au pays reste un caractère fort que j’associe maintenant à l’Arménie.

Si je devais conclure en un seul mot, je choisirais le terme «rassurant», que j’ai souvent utilisé ironiquement au cours du voyage, mais qui s’applique aussi littéralement sous cette forme d’assurance dans l’avenir, malgré les traumatismes du passé. L’Arménie est donc pour moi un joli mélange de nature et de culture, de passé et de futur.

2022-09-12T20:01:25+02:00 12.09.22|ARMÉNIE & ARTSAKH, GÉNÉRAL, SUISSE-ARMÉNIE|