LE PROJET MINIER D’AMULSAR FAIT L’OBJET DE VIVES CONTESTATIONS

(© armecofront.net)

Le projet minier d’Amulsar auquel nous avions consacré un article dans notre édition de mars/avril 2015 (voir « La ruée vers l’or » Artzakank N° 197 https://artzakank-echo.ch/2015/03/15/la-ruee-vers-lor-amulsar/) est revenu ces derniers temps sur le devant de la scène. Depuis le 23 juin, toutes les routes menant à la mine d’or sont bloquées par des activistes environnementaux et des riverains qui exigent l’arrêt de toutes les opérations de construction et d’exploitation minière. Les manifestants considèrent que les activités de Lydian Armenia – une filiale de Lydian International dont le siège se trouve à Jersey dans les Îles de la Manche – pourraient contaminer l’air et l’eau de la région montagneuse.

Depuis 2010, les activistes environnementaux tirent la sonnette d’alarme par des pétitions, des lettres ouvertes et d’autres actions à l’attention des investisseurs du projet et des autorités arméniennes. Selon les écologistes et des experts indépendants, les risques les plus importants sont liés aux ressources stratégiques du pays en eau, car la mine à ciel ouvert se trouve dans le bassin des rivières Arpa et Vorodan alors que toute l’infrastructure du projet sera érigée près de ce bassin, non loin des réservoirs de Kechut et de Spandaryan. Pendant l’exploitation de la mine, les minerais et stériles extraits du sous-sol, contenant plus d’une vingtaine d’autres éléments dangereux, se répandront dans la nature par le ruissellement des eaux pluviales et s’infiltreront dans les eaux souterraines. Les eaux ainsi saturées par des substances métalliques toxiques seront déversées dans le tunnel Vorotan-Arpa et transférées au réservoir de Kechut et de là, dans le lac Sevan, via le tunnel Arpa-Sevan.

Les activistes soutiennent que le projet représente aussi des risques pour la station thermale Jermuk qui se trouve à 12 km d’Amulsar seulement. L’exploitation de la mine ferait perdre à cette ville son statut de station thermale et de nombreux emplois risqueraient ainsi de disparaître. De surcroît, il n’est pas possible de contrôler l’impact des milliers d’explosions qui surviendront pendant l’activité minière sur les sources minérales de Jermuk. (pour de plus amples informations et avis d’experts, consulter le site et suivre la page Facebook de Armenian Environmental Front http://www.armecofront.net/).

Amulsar depuis Jermuk

La société Lydian, quant à elle, maintient qu’elle utilisera une technologie de pointe pour éviter tout dommage à l’écosystème local. En 2016, elle a commencé à construire ses installations d’extraction et de fusion d’or à Amulsar dont les coûts, selon elle, s’élèveront à 370 millions de dollars. A cet effet, elle a embauché plus de 1000 personnes et l’extraction d’or devrait commencer avant la fin de cette année.

Le projet minier est fortement soutenu par les gouvernements américain et britannique. L’année dernière, l’ambassadeur des États-Unis en Arménie, Richard Mills, avait déclaré que ce projet était en « parfaite conformité » avec les normes de protection de l’environnement établies par la Banque mondiale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) qui, par ailleurs, a une par-ticipation dans Lydian.

Les manifestants avaient déjà bloqué à deux reprises l’accès des travailleurs au site pendant plusieurs jours fin mai et début juin. Le 22 mai, dans un message vidéo en direct sur Facebook, le Premier ministre Nikol Pashinyan les avait exhortés à mettre fin à leurs actions en promettant d’ordonner des inspections de toutes les mines de métaux dans le pays afin de vérifier et, le cas échéant, d’assurer leur conformité avec les normes de protection de l’environnement et leurs obligations fiscales. Il avait précisé que son gouvernement favorisait une « approche équilibrée » dans le secteur minier qui génère une part considérable des recettes d’exportation de l’Arménie. « Toutes nos actions doivent être professionnelles et se conformer strictement à la loi afin qu’il n’y ait pas de conséquences négatives pour l’Arménie dans les instances internationales et aussi en relation avec ce contexte positif pour le climat d’investissement » avait-il ajouté.

Les protestataires ont repris leurs actions le 23 juin pour empêcher que les travaux de construction se poursuivent en attendant les conclusions d’un groupe de travail gouvernemental ad hoc qui devait inspecter la compagnie minière.

Le 2 juillet, plus de 200 employés et dirigeants de Lydian ont manifesté devant le bureau du Premier ministre à Erevan pour dénoncer le blocus imposé à leur mine et ont exigé une action gouvernementale urgente. La société a fait savoir que ces opérations de blocage avaient d’ores et déjà causé des préjudices de plusieurs millions de dollars et qu’elle pourrait prendre des dispositions légales si ces actions hostiles venaient à menacer la survie de l’un des plus importants investissements que l’économie arménienne n’ait jamais attiré.

Le 6 juillet, dans le cadre de sa tournée dans les provinces arméniennes du sud et du centre, le Premier ministre Nikol Pashinyan s’est rendu sur le site d’Amulsar puis à Jermuk où il a rencontré des représentants de Lydian, des communautés locales et des militants environnementaux pour discuter des différentes solutions afin de résoudre la situation. En particulier, il a insisté sur le fait qu’une inspection impliquant toutes les parties prenantes, y compris des experts, devrait être menée pour apporter des réponses crédibles à deux questions clés: si les opérations du site minier affectent la qualité des ressources en eau et le développement futur de Jermuk.

La station thermale de Jermuk (© onewaytour.com)

Les deux parties semblaient s’accorder sur une inspection de la conformité de Lydian aux normes environnementales proposée par le Premier ministre mais des représentants de la communauté et des militants écologistes ont insisté sur le fait que la construction devrait être suspendue pendant la période de l’inspection, tandis que le représentant de Lydian a trouvé cette approche inacceptable car chaque jour sans activités coûtait à l’entreprise, selon lui, environ un demi-million de dollars.

Aucun accord n’a pu être trouvé et au moment où nous mettons ce numéro sous presse, les chemins menant à la mine restent toujours bloqués par les citoyens.

M.S.

2018-07-30T19:47:38+00:00 30.07.18|ARMÉNIE & ARTSAKH, ARTICLES, GÉNÉRAL|

One Comment

  1. Verdier 8 août 2018 at 2 h 07 min - Reply

    Dégagez de chez nous et détruisez votre propre environnement… L’Arménie ne sera jamais un terrain d’expérimentation et ne remplira jamais vos portefeuilles. Vous avez suffisamment de moyens pour assumer les conséquences dramatiques de ce genre d’exploitation chez vous. Ceux qui veulent être dans le TOP 10 des puissances industrielles mondiales, il vont s’aventurer sur leur propre territoire et c’est à eux d’en assumer toutes les conséquences environnementales que cette initiative entraînera.
    Nous n’allons pas permettre que quelq’un mette en danger la faune et la flore de notre pays.
    Donc on vous fera faire un demi-tour!

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